Author

Ewan Good

Date of Award

2009

Level of Access

Campus-Only Thesis

Language

French

Degree Name

Master of Arts (MA)

Department

French

Advisor

Kathryn Slott

Second Committee Member

Raymond Pelletier

Third Committee Member

Susan Pinette

Abstract

Dans la thèse sur le concept de la descente du « Tombeau des rois » tel qu'il est poursuivi dans le roman Kamouraska d'Anne Hébert, nous avons voulu suivre le personnage dans sa descente en lui-même et analyser les chemins qui l'y mènent. Nous sommes partis d'une analyse de la descente dans le poème « Le Tombeau des rois », vingt-septième poème du recueil du même titre. Il est narré par une voix onirique. L'atmosphère de rêve et d'une narration donc incertaine revient dans le roman. La personne descend dans le monde des rois morts. Cette femme semble désorientée et son anxiété croît dans la descente. Le personnage du roman se verra pris d'une semblable anxiété croissante. La femme du poème rencontre finalement un choc, car elle sera violée par les rois morts. Ce choc la rendra en quelque sorte à elle-même, car elle quittera la passivité pour tuer ces rois. Selon une interprétation possible du poème, elle connaîtra par cela la liberté et le salut. Le cauchemardesque suit souvent Elisabeth, le personnage principal du roman, et sa descente mentale la mène toujours plus prêt de son moment choc et de son acceptation de sa complicité dans le meurtre de son premier mari. Nous avons voulu voir un semblable mouvement de descente dans le roman Kamouraska. Nous avons remarqué que ce mouvement est également présent dans d'autres romans, tels Les fous de Bassan ou Le Premier Jardin, mais nous nous sommes attardés presque exclusivement au premier de ces romans. Nous avons commencé l'analyse de ce concept par des interprétations de la descente. Les personnages principaux sont moralement déchus; nous avons premièrement donc une descente morale peinte en images et en symboles de la Bible et de la mythologie. Nous avons voulu démontrer que ces symboles de gouffres, d'ensevelissement et de noyade ne sont pas de simples illustrations, mais qu'elles portent la narration et la descente toujours plus bas. Ces personnages dans le péché cherchent le rachat, et les images, ainsi que dans le Nouveau Testament, sont souvent des images de lavage purificateur. Ce qui nous intéressait surtout était le chemin mental que suit Elisabeth dans sa descente. Nous avons noté que pour cette descente que nous avons appelée psychologique, Anne Hébert se retire, c'est-à-dire qu'elle ne permet pas à sa propre « voix » d'auteur de trop percer, laissant ainsi libre cours à la voix du monologue intérieur. Nous avons voulu comprendre ce qui poussait les personnages à la violence et avons donc examiné les injustices sociales de l'époque et surtout les manques psychologiques des personnages. Nous nous sommes surtout ici attardés sur une nostalgie de l'enfance volée du personnage et son isolement. Il cherche un retour à l'innocence. La douleur du personnage qui n'arrive pas à exprimer sa souffrance finit dans le cri. Ce cri en est un de douleur, mais aussi rattache le personnage à une essence d'avant les temps, d'avant l'emprise des règles parfois étouffantes de la société. Nous avons conclu que le cri accompagne la descente en ce qu'il marque un mouvement vers une liberté espérée. Nous avons cherché les représentations symboliques de la descente psychologique et avons insisté surtout sur le rôle des symboles de l'arbre, de l'eau et du miroir qui portent le personnage plus bas et vers sa vérité. Cette descente psychologique et symbolique mène souvent le personnage dans le cauchemar hallucinatoire. Lorsqu'il arrive à cet état, il semble perdre tout poids et volume. Le temps semble se perdre dans la narration. La descente en soi se manifeste par un mouvement de plongée du personnage dans le passé et le délire, suivi d'une remontée, dans laquelle le personnage tente de s'accrocher au monde réel, puis de nouvelle plongée plus en profondeur. Dans la descente nous nous sommes intéressés à la notion du temps. Nous avons noté que malgré le désordre apparent de la narration, il existe deux courants en sens inverse : un courant de narration qui va de l'enfance au crime, et un autre dans le sens inverse qui va à rebours depuis le temps du présent vers le passé. Les deux courants se rencontrent au moment clé du crime. Nous avons examiné différentes interprétations de la fin du roman. Lorsqu'elle sort de sa dernière vision cauchemardesque, soit Elisabeth est « libérée » et peut rejoindre le monde des vivants, soit elle demeure dans son cauchemar, étant « morte » en dedans, et ayant abouti à la fin au point de départ. Hébert semble nous laisser interpréter. Nous penchons toutefois vers la vision tragique d'un personnage encore enfermé en lui et en son époque, donc d'une Elisabeth piégée au fond de sa descente.

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